Le monde est en guerre

Quand nous entendons le président de la France préciser que notre pays est en guerre, comment accueillons-nous cette affirmation et comment réagissons-nous ? Pour tous ceux qui ont déjà vécu la « guerre », ce seul mot jette l’effroi mais évitons une querelle inutile sur un mot car la réalité des drames affreux qui se vivent à Bruxelles en ce printemps 2016 nous rappellent bien tristement ceux de Paris en 2015 sans oublier tous les autres, ceux de Tunisie, Turquie, Egypte, Yémen … et bien sûr Syrie, Irak !

Le monde vit actuellement des contusions horribles avec un terrorisme aveugle qui va se prolonger encore de nombreuses années. Pourtant les pays occidentaux et ceux qui disent respecter le droit ou les règles internationales semblent largement majoritaires. Il est bien sûr indispensable qu’ils s’organisent, se défendent et se protègent sans tergiverser sur des détails. Daech ou les djihadistes Salafistes qui les attaquent  sont minoritaires mais ils s’infiltrent avec des procédés ignobles et insoutenables qui doivent être condamnés et écrasés.

Pourtant, dans une situation de guerre, les obus peut-être nécessaires, les armes parfois indispensables ne règleront jamais durablement un conflit. Quand les puissants dominent les faibles, la force n’efface pas le droit des fragiles. Une majorité ne peut véritablement s’imposer sans respecter les valeurs des minorités et la dignité des individus. Face à la dictature, la démocratie est même menacée et reste toujours à consolider. Les règles du vivre ensemble qui sont indispensables, ne sont supportables qu’avec une écoute réelle et une compréhension des besoins essentiels de l’autre, des minorités.

Ces besoins essentiels sont le droit à la vie, au travail, à la santé, à la dignité, à la liberté des convictions, quels que soient sa race, son pays, sa religion … et ils ne sont hélas pas actuellement accordés à tous les hommes et femmes de la terre, loin de là. Cette situation ne peut nous laisser indifférents et les nations ont un rôle à tenir pour que la mondialisation en marche permette à chacun de vivre dans la paix. Sur ce plan, oui, une guerre est engagée. Et pas seulement une guerre contre Daech et ses terroristes. Mais une guerre qui impose un lucide examen de la situation générale pour mener un combat global donnant de l’espoir et nourrissant des projets d’une réelle entraide entre les peuples.

Notre terre, qui semblait inépuisable, a ses limites et un véritable partage des ressources ne peut être facultatif. Que certains gaspillent quand d’autres n’ont même pas l’essentiel, que des revenus soient exorbitants, des propriétés indécentes, c’est bien sûr révoltant. Mais quand nous polluons par nos consommations superflues, nos attitudes non respectueuses, nos déplacements inutiles, nos vacances à l’autre bout du monde, ne sommes-nous pas aussi nous-mêmes complices d’un système qui marche sur sa tête ? Un système qui place le dieu argent au centre du monde en écrasant notre frère ouvrier, en méprisant notre sœur comme objet publicitaire, en illusionnant nos enfants dans un confort factice, en utilisant même les organes humains pour les commercialiser dans des réseaux … Les migrants, les sans-papiers, les réfugiés, les exploités ne sont-ils pas, en ce 21ème siècle, les nouveaux visages du « Dieu affamé, souffrant, pauvre, emprisonné[i] … ».

Oui, une guerre mondiale est engagée. Les révoltes profondes qui sourdent actuellement derrière les conflits ne s’apaiseront ni avec des armes, ni même avec de l’argent mais avec un autre regard, une autre analyse, un autre partage et une véritable fraternité … Que tous les pays démocratiques s’unissent, que tous les hommes de bonne volonté se regroupent, que croyants et non croyants, chrétiens et musulmans se respectent pour combattre les fléaux de la pauvreté, du mépris, de l’injustice. C’est urgent, c’est indispensable. C’est mobilisateur car chacun, à sa place, dans son milieu, avec ses moyens peut participer à cette nouvelle « guerre mondiale ». Et c’est un espoir qui nous inspire la confiance et nourrit notre optimisme …

Pascal JACQUOT


[i] Matthieu Ch.25, Vers. 35 : J’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais infirme, et vous m’avez visite; j’étais en prison, … Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous …

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