La sobriété, heureux dégrisement

La planète, une fois de plus, nous fait sentir à quel point notre mode de vie est contraire à ses intérêts, et aux nôtres. Après la prise de conscience, il est temps de nous remettre en question et de retrouver un vrai projet commun à toute l’humanité.

La planète, une fois de plus, nous fait sentir à quel point notre mode de vie est contraire à ses intérêts, et aux nôtres. Après la prise de conscience, il est temps de nous remettre en question et de retrouver un vrai projet commun à toute l’humanité.

Aymeric Christensen, La Vie

La récurrence de vagues de chaleur à forte intensité et les dramatiques incendies de forêts qui frappent encore l’Europe ne font qu’appuyer cette nécessité.

La frugalité comme projet

Ces alertes, ces périls, pourtant, sont aussi une chance. Oui ! À condition de ne pas envisager l’effort qui nous attend comme une « écologie punitive », le défi est bien de redécouvrir la frugalité comme un projet bon pour l’humanité. Pour cela, il est impératif de renverser la perspective. Il n’y a pas là qu’une question de survie.

Ce qui nous est proposé, ce n’est pas de nous priver de confort individuel, mais de gagner en harmonie et en partage ; pas un monde moins riche, mais plus juste, plus paisible, en fait plus heureux. N’est-ce pas ce à quoi toute personne aspire ? Car la sobriété ne s’oppose pas à la satiété, mais à l’excès, à la gloutonnerie, à l’ivresse. Voilà bien ce qui caractérise la société moderne, ce que nous finissons par considérer comme normal à force de baigner dedans : un mode de vie enivrant qui, peu à peu, nous détourne de la vie véritable.

En bien des aspects, notre monde s’apparente à un complot contre le vivant, à force de béton, de goudron, d’emballages, de gaspillage, de déplacements, de loisirs, de numérisation, de facilité et d’immédiateté permanente. Alors le climat s’emballe, les espèces s’éteignent, les déchets s’accumulent et nous-mêmes étouffons. Stop !

Retour vers l’esprit de l’enfance

Où est le bon là-dedans, me demanderez-vous ? Dans le fait d’en avoir de mieux en mieux conscience ; surtout parce que le chemin des solutions est accessible. Plus encore : bénéfique. Et si elles nécessitent une forme de « retour en arrière », ce n’est pas vers une ère préindustrielle ou un « modèle amish », comme aiment à le moquer les contempteurs de la sobriété (parmi lesquels notre Président, avant sa récente « conversion »), mais bien un retour vers l’esprit de notre enfance.

Rappelez-vous : quand un rien suffisait pour s’amuser, quand peu était déjà un trésor, quand le regard n’était encore lassé de rien et que l’imagination faisait le reste ! Oh, bien sûr, la complexité des enjeux est immense – entremêlant géopolitique, économie, sciences –, et l’impérative adaptation pose de terribles questions de justice… et pourtant : tout commence là, dans ce changement de regard que personne ne pourra opérer à notre place. La question, au fond, est simple : « De quoi a-t-on besoin ? » Non pas « De quoi pouvons-nous nous passer ? », mais : « Qu’est-ce qui nous est suffisant pour vivre et être heureux ? »

Aymeric Christensen, directeur de la rédaction La vie

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