par Henri Lastenouse –
Face à leur destin, entre impérialisme russe et lâchage américain, les dirigeants européens, lors du dernier Conseil européen, ont répondu présent sur les dossiers urgents de l’Ukraine et de la défense européenne.
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Concernant l’Ukraine, les Européens avancent à vingt-six, sans le Hongrois Viktor Orbán. « La Hongrie est “isolée et seule” », a déclaré le nouveau président du Conseil européen, António Costa, ajoutant : « Nous sommes unis et ce n’est certainement pas la Hongrie qui nous divisera », car « un pays isolé ne crée pas de division. »
En prélude aux débats pouvait résonner la formule de l’un des pères fondateurs de l’Europe, Paul-Henri Spaak. S’adressant aux Soviétiques, le Belge avait marqué les esprits, lors d’une réunion de l’Onu tenue à Paris en 1948 : « Savez-vous quelle est la base de notre politique ? C’est la peur de vous, la peur de votre gouvernement, la peur de votre politique… C’est la peur que doit avoir un homme quand il regarde vers l’avenir et qu’il considère tout ce qu’il y a peut-être encore d’horreur et de tragédie, et de terribles responsabilités dans cet avenir. »
En parallèle, la fin de la protection, voire de l’alliance américaine, n’est certes pas facile à accepter pour tous. Mais Donald Trump est passé par là, laissant visiblement quelques grands brûlés. Par exemple, Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, confrontée aux exigences américaines sur le Groenland. Ou encore le futur chancelier allemand, Friedrich Merz, outré par le soutien affiché par le vice-président J. D. Vance et le milliardaire Elon Musk au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).
Dans un tel contexte, les décisions adoptées à Bruxelles ont été qualifiées de « moment historique » par Ursula von der Leyen. Un consensus a été enregistré sur le plan de réarmement de 800 milliards d’euros présenté par la présidente de la Commission, qui formalisera les premières propositions le 20 mars. À ce stade, le principe serait d’augmenter de 1,5 % de PIB les budgets nationaux de défense – soit six cent cinquante milliards –, tout en réalisant un emprunt européen de l’ordre de 150 milliards.
Concernant l’Ukraine, les Européens soutiennent le principe de la « paix par la force ». Dans ce contexte, la principale garantie de sécurité reste l’armée ukrainienne : « Une Ukraine capable de se défendre efficacement fait partie intégrante de toute future garantie de sécurité. » Sur les futures négociations de paix, les vingt-six ont adopté une position commune. Notamment, aucune négociation sur l’Ukraine sans l’Ukraine, ni aucune négociation sur la sécurité européenne sans l’Europe. Et également la nécessité de garanties de sécurité robustes et crédibles ainsi que le respect de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale. Quant au président Zelensky, également présent, il a voulu voir dans les futurs contingents européens déployés en Ukraine un embryon de la force armée européenne à bâtir.
Henri Lastenouse